Bertrand SCHNERB

« Familiarissimus domini ducis »

La succession des favoris à la cour de Bourgogne au début du XVe siècle

 

Au mois d’octobre 1412, un chevalier nommé Lourdin de Saligny, conseiller et chambellan de Jean sans Peur (qu’un contemporain considérait comme « familiarissimus domini ducis Burgundiae ») fut brutalement disgracié et emprisonné par ordre de son maître. Cette affaire, qui eut alors un incontestable retentissement, révèle une réalité de la cour de Bourgogne qui est encore peu étudiée : l’existence de complots visant à éliminer et à remplacer un personnage jouissant de la faveur du prince. Il semble que Lourdin de Saligny ait été la victime d’une manipulation organisée par un rival, Élyon, seigneur de Jacqueville, qui gagna la confiance et les faveurs de Jean sans Peur. Ce seigneur de Jacqueville, qui joua un rôle politique majeur durant la crise « cabochienne » de 1413, fut par la suite le protégé du duc de Bourgogne. Il fut cependant assassiné en 1417 par les membres d’un clan familial de la noblesse picarde constitué autour d’Hector de Saveuse. Ce dernier ne tira pas parti de l’élimination d’Élyon de Jacqueville car son assassinat avait provoqué la colère et l’indignation du duc. Toutefois, si le clan Saveuse fut écarté de la cour de Bourgogne jusqu’à la mort de Jean sans Peur, la disparition d’Élyon de Jacqueville eut pour conséquence immédiate le retour en grâce de Lourdin de Saligny. Celui-ci recouvra la faveur du prince et devint, sous Philippe le Bon, un personnage de premier plan à la cour. Il fut comblé d’honneurs et de bienfaits jusqu’à sa mort, survenue en 1446.